Texte de chanson
auteur Daniel Macouin
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MIGRAINE
Comme court à la mort programmée dans l'arène
enragé puis hagard un taureau
je m'ébroue sous la banderille et crains l'assaut
de la pique et ses lourdes étrennes
Les couteaux des bouchers patientent dans leurs gaines
car l'heure est encore à l'apéro
premiers coups de clairons sonnés par les hérauts
puis roule tambour triste rengaine
L'aqueduc de Sylvius se peuple de murènes
copulant avec des vipéreaux
Substances blanche et grise collent en grumeaux
chaque neurone en prend pour sa peine
Désespérante aspirine au sable s'engrène
et vire au vulgaire placebo
alors me laboure l'étrave d'un canot
hérissé de harpons à baleine
Puis lentement l'étau qui comprime la veine
qui vide le trop plein du cerveau
se resserre : je crie repris par l'écheveau
finement noué de la migraine
Tout va de mal en pis, l'amour mute en obscène
le vin se bouchonne et même l'eau
pure a le goût de Javel quand sept javelots
me percent la tête et se déchaînent
Je ne trie dimanche des jours de la semaine
ne sais s'il est tard ou s'il fait chaud
à la fin je mettrais ma tête à l'échafaud
s'il peut couper court à la géhenne
Comme à l'incandescence cognent les phalènes
trop de sang heurte les brûlots
qu'énarde en ma cervelle un loup Fra-Diavolo
qui danse aux coups d'un gong endogène
De mon front serré jusqu'à l'occiput la haine
interne referme les hublots
Alors girent en rond tous les vols de gerfauts
au vent des hurlements des sirènes
Tête ma pauvre tête qu'une souveraine
marâtre découpe au chalumeau
qui tant travaille au nerf au feu et au couteau
on te recloue de cent-mille allènes
Encore si j'avais fait la pige à Silène
et couru de Bourgogne à Bordeaux
mais rien Oh! par pitié que ne suis-je un bateau
qu'on me fasse un radoub de carène
Mais que n'ai-je couru plutôt la prétentaine
Que n'ai-je brûlé tous mes vaisseaux
si je finis ainsi tel en cage un oiseau
qui se rue aux barreaux qui m'aliènent
Soudain c'est l'éclaircie Le calme rassérène
La paix irrigue les deux cerneaux
Qu'on est bien Faites Dieu qu'aille vers d'autres eaux
d'autres fronts se pencher ma marraine
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